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Le matérialisme, un plus grand défi que l’islam

Le matérialisme, un plus grand défi que l’islam
 
24.04.17 - Neuvième épisode d’une série sur les enjeux du protestantisme évangélique à l’échelle de la francophonie.
Une contribution de l’historien du CNRS Sébastien Fath.
«Partout où un véritable christianisme s’étend, il génère du zèle et de la frugalité, ce qui, suivant le cours naturel des choses, produit des richesses! Et les richesses naturellement produisent de l’orgueil, l’amour du monde et tous les penchants qui détruisent le christianisme. Maintenant, s’il n’y a pas moyen d’éviter cela, le christianisme est incohérent avec lui-même et par conséquent, ne pourra pas tenir, ni durer longtemps au sein d’un peuple quelconque. Il sapera ses propres fondements». Ainsi parla John Wesley, dans un sermon sur les Causes de l’inefficacité du christianisme prononcé à Dublin en 1789. Le fondateur du méthodisme pointait une question qui taraude les chrétiens depuis les premiers convertis de Jérusalem: l’éthique chrétienne favorise la prospérité, laquelle favorise à son tour, du moins potentiellement, l’amour des biens, que la Bible dénonce comme «la racine de tous les maux» (1 Tim 6,10). A croire que le ver est dans le fruit.

La richesse matérielle est placée au-dessus du reste. Attachées à exprimer la gloire de Dieu, les Eglises s’efforcent, en Europe, de conjurer cette menace.

L’Europe est d’abord économique
Le dimanche, prière d’aller au culte plutôt qu’au supermarché! Mais la concurrence est rude, d’autant que le continent européen demeure un havre de prospérité, de consumérisme et de paix comme il en existe peu. L’Europe de Bruxelles est avant tout un grand marché.
Elle n’est pas que cela, mais cet espace de libre circulation des marchandises est sans doute ce que les Européens ont réussi de plus efficace depuis 1945. L’Europe militaire? L’Europe politique? Des nains. L’Europe de la culture est plus tangible, mais sans atteindre la puissance du marché unique européen. Les Britanniques en savent quelque chose, eux qui ont opté pour le Brexit (sortie de l’Union européenne), mais veulent néanmoins garder accès au marché unique. Pas fous!

Pour les Églises, attachées à «faire le travail de Dieu», un enjeu actuel est de s’insérer dans ce marché, d’aider les fidèles à réussir leur vie, sans pour autant se laisser subvertir par la publicité marchande, laquelle nous susurre que notre valeur dépend de notre pouvoir d’achat.

L’espace public n’est pas neutre de valeurs
L’espace public dans lequel s’inscrit ce défi n’est pas neutre. Les institutions européennes ne sont pas de simples outils destinés à fluidifier la liberté. L’agora est marquée par des rapports de force où le consumérisme cherche en sous-main à s’imposer comme vérité d’évidence. L’intellectuel américain Talal Asad (dont on espère qu’il soit traduit un jour en français) nous sensibilise à la montée de ce qu’il appelle le «sécularisme».
(...)
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Illustration/Photo: © Ixène
 

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