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Le Brésil, champion du monde de la foi?

Le Brésil, champion du monde de la foi?
 
19.05.14 - Le Brésil, l’hôte de la Coupe du monde de football, est l’un des pays les plus évangéliques au monde. Un essor dû à des raisons historiques, religieuses et sociologiques. Mais le paysage
religieux brésilien reste complexe. Analyse.
Des pasteurs qui prient pour la victoire de leur équipe à la Coupe du monde. D’autres qui détiennent des médias et plusieurs entreprises. Des lobbies évangéliques au sein du parlement. Des catholiques «infiltrés» par le charismatisme. A coup sûr, on ne parle pas ici de la Suisse ou de la France... Mais au Brésil, la situation religieuse est vraiment particulière, ne serait-ce que parce que le 22% de la population est évangélique, le troisième taux le plus élevé au monde. C’est aussi le deuxième pays le plus missionnaire!
Des questions surgissent: comment expliquer un tel succès, notamment l’essor impressionnant des pentecôtistes et des néo-pentecôtistes? Ces évangéliques se démarquent-ils vraiment des religions traditionnelles afro-brésiliennes ou sont-ils tentés par le syncrétisme?
Qu’ont-ils apporté à la société? Pourquoi parle-t-on si souvent de scandales liés à la théologie de la prospérité?

Essor du néo-pentecôtisme
«Les Brésiliens sont un peuple excessivement religieux, qui foisonne d’initiatives religieuses», explique Jean-Pierre Bastian, professeur de sociologie des religions à l’Université de Strasbourg. Historiquement, la population était à 99% catholique en 1872. «Les évangéliques brésiliens de type méthodiste ou baptiste sont installés depuis la deuxième moitié du 19e siècle. Le mouvement évangélique a pris de l’ampleur à partir des années 1960, pour exploser dans les années 1990», rappelle Marion Aubrée, anthropologue au Centre d’Etudes interdisciplinaires des Faits religieux (CEIFR). André Corten, professeur en sciences politiques et sociales à l’Université de Louvain, remarque que «la croissance des évangéliques est spectaculaire. Chaque recensement montre une augmentation».
La raison: un formidable boom des pentecôtistes, qui représentent aujourd’hui entre 75% et 80% des évangéliques. La spécialiste explique que trois «vagues» de pentecôtisme ont touché le Brésil. C’est surtout la troisième, qualifiée de néo-pentecôtisme, qui fait recette depuis une trentaine d’années. L’Eglise universelle du Royaume de Dieu (EURD), fondée par Edir Macedo, est un prototype de cette frange-là. «Il s’agit d’un pentecôtisme syncrétique, qui mêle les traditions afro-américaines à l’apport pentecôtiste», explique Jean-Pierre Bastian. Et qui est souvent accusée de théologie de la prospérité.
Le professeur de sociologie ajoute en passant que le renouveau charismatique se répand même dans le catholicisme, comme un «cheval de Troie du pentecôtisme».

Indépendance vis-à-vis de l’étranger
La question que tout le monde se pose: pourquoi un tel succès évangélique? Jean-Daniel Mathez, missionnaire au Brésil depuis plus de trente ans, voit «une confluence de facteurs: le sentiment de froideur du rite catholique, le besoin de s’accrocher à quelque chose face à l’incertitude et l’âme religieuse voire mystique du peuple». Par rapport au catholicisme ou aux religions afro-brésiliennes, les mouvements évangéliques ont la particularité d’offrir une communication directe avec la divinité, «sans intervention des entités spirituelles intermédiaires», explique William Azevedo Dunningham, professeur de psychologie sociale au Brésil. Marion Aubrée ajoute: «On peut devenir pasteur et continuer à mener une vie normale -se marier, avoir des enfants- contrairement à ce que demande le catholicisme.»
Historiquement, au moment de l’urbanisation des années 1980, les évangéliques se sont démarqués du pouvoir, s’inscrivant dans la dissidence, constate André Corten. Indépendance aussi par rapport à l’étranger: «Le pentecôtisme brésilien est vraiment brésilien et endogène, non importé des Etats-Unis», relève Jean-Pierre Bastian. «Le pentecôtisme a répondu au besoin d’instituer une religiosité autour de dirigeants autochtones et non plus seulement venus d’Europe.»

La possibilité d’exprimer ses émotions
Les évangéliques ont proposé une «offre religieuse» conforme aux multiples attentes d’une population assoiffée de religieux mais insatisfaite de ce qui lui était proposé. «Les Brésiliens aiment le côté participatif de nombreux cultes évangéliques, la musique et les danses, le surnaturel des miracles ou pseudo-miracles, la promesse d’une vie meilleure, maintenant sur la terre», analyse Jean-Daniel Mathez. «La grande masse va à l’Eglise pour l’ambiance, parce qu’elle y a son mot à dire et est reconnue sans mise en cause de son instruction ou de son niveau social, contrairement à d’autres milieux.»
C’est encore plus le cas dans les milieux pentecôtistes, remarque Marion Aubrée: «Certains dons du Saint-Esprit, surtout la glossolalie, ont une dimension d’expression émotionnelle. Ils ont joué un rôle important en particulier durant la dictature de 1964 à 1985, alors que les possibilités d’expression politique pour dire le mal-être étaient peu nombreuses.»

Faire sortir les populations de la misère
Ce n’est pas un hasard si les personnes des classes sociales les plus basses sont particulièrement attirées par le pentecôtisme.
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