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La mort de George Floyd, un coup au cœur, mais pas au vote évangélique

La mort de George Floyd, un coup au cœur, mais pas au vote évangélique
 
22.06.20 - L’horrible fait divers qui secoue la planète pourrait-il être le point de bascule vers le retour au pouvoir de la gauche américaine? Les évangéliques sont partie prenante de la lutte contre le racisme, tout en restant lucides sur les limites de l’action politique. Analyse.

Photo: «Il y a deux mille ans, Jésus a mis fin au débat consistant à savoir quelles vies ont de l'importance. Il est mort pour tous!» Une inscription sur un panneau d'affichage aux Etats-Unis qui a fait le tour des réseaux sociaux.
Donald Trump posant Bible à la main devant une église de Washington, le 1er juin, restera probablement une des images fortes de cette année 2020. En pleine crise sanitaire, sociale et politique, le président américain brandit les Ecritures et se présente comme garant de l’ordre et de la morale, face aux manifestations réclamant justice après la mort de George Floyd, ce père de famille noir tué par un policier blanc et dont l’agonie filmée a fait le tour du monde. Est-ce un moment charnière dans la course aux élections présidentielles de novembre?

Un recul mesuré
Beaucoup ont relevé que le président n’a rien lu de la Bible, devant l’église épiscopale Saint John.
Il ne l’a même pas ouverte. «Il y a un vrai mécontentement de la part des évangéliques à l’égard de Donald Trump», indique Sean Evans, politologue à l’Union University de Jackson (Tennessee). «Peu considèrent qu’il vit selon les standards chrétiens. Beaucoup pensent que son comportement est inapproprié et très peu vont défendre sa façon d’agir et de parler. Mais ils vont soutenir sa politique.» Pendant la crise sanitaire, la confiance des évangéliques blancs envers le président restait élevée (75%) mais s’était déjà émoussée de 6 points par rapport au mois de mars. C’est ce qu’indiquait une étude du Pew Research Center. A l’inverse, 80% des protestants noirs déploraient une mauvaise gestion de la crise sanitaire (+7 points). Mais ça, c’était avant le 25 mai, le meurtre de George Floyd et les émeutes qui ont suivi dans tout le pays. Selon un sondage du Public Religion Research Institute publié le 4 juin, 62% des évangéliques blancs soutiennent le président américain contre près de 80% en mars. Un décrochage similaire se retrouve chez les catholiques blancs.

Désillusionnés
Cela va-t-il se traduire par un report des voix vers le camp démocrate? Ce n’est pas complètement sûr, pour Robin Reeve, professeur de théologie à la HET-PRO et observateur attentif de l’actualité internationale. «Avec l’avortement tardif, par exemple, les revendications des Démocrates sont un trop grand repoussoir. Beaucoup d’évangéliques conservateurs ne votent plus et sont désillusionnés par la politique.»
Dans ce système démocratique «qui se grippe», Robin Reeve s’attend à une hausse du vote pour les candidats indépendants qui avaient récolté 4,6% des suffrages en 2016. «Tout est tellement instable qu’il est plus difficile qu’en 2016 de faire des pronostics.» Pour le théologien, si cela ne se traduit pas forcément dans les urnes, «le combat des Démocrates contre le racisme bénéficiera néanmoins l’appui des évangéliques».

Combat de longue haleine
Sean Evans mesure rétrospectivement le chemin parcouru dans son pays sur les questions raciales. Selon lui, la liste très médiatisée de meurtres d’Afro-américains par des policiers dépasse la simple séquence électorale. «C’est un problème sérieux qui va concerner encore plusieurs générations. Il y a de fortes de raisons de croire que la race demeure une question centrale ces prochaines années aux Etats-Unis.» Le clivage racial, géographique et religieux avait déjà pris le pas, selon lui, sur l’affrontement idéologique traditionnel entre Républicains et Démocrates.
«Mon travail n’est pas de faire bouger les votants d’un camp à l’autre, mais de rejoindre le Royaume de Dieu et d’y amener d’autres», résume Jerry Taylor, fondateur d’un centre sur les études raciales et l’action spirituelle à Abilene (Texas). Il rappelle qu’aux Etats-Unis, des croyants toujours plus nombreux ne s’identifient plus en tant qu’évangeliques, «mais comme appartenant à Jésus», en partie à cause de la confusion entretenue avec les mouvements politiques conservateurs. Pour lui, la solution aux maux de son pays et au racisme en particulier n’est pas politique et les élections ne régleront rien. «Je me dois de cultiver ma relation avec mon Créateur. Aucun système politique ou gouvernement ne peut le faire pour moi. Nous devons voir les gens comme des êtres humains, plutôt que des opposants sur un champ de bataille.»

David Métreau

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