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Inde: le show nationaliste de Modi s’éternise

Inde: le show nationaliste de Modi s’éternise
 
24.06.19 - Réélu à la tête de l’Inde, le Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi entend poursuivre la mise en place de sa démocratie ethnique. Portrait.

Photo: Premier ministre indien depuis 2014, Narendra Modi soigne son image.
«Aucun parti n’a pu tromper l’Inde sous le voile du sécularisme», a déclaré le Premier ministre indien Narendra Modi, le 23 mai au soir de sa victoire écrasante aux élections législatives. Les partisans du Bharatiya Janata Party (BJP) ou parti indien du peuple jubilaient aux cris de «vive Ram (une des divinités majeures du panthéon hindou), vive Modi» en agitant des drapeaux safrans.
Avec 303 sièges à la chambre basse du Parlement pour le seul BJP, le Premier ministre depuis 2014 inflige un sérieux camouflet à ses principaux opposants du parti du Congrès. Avec ces résultats, Narendra Modi devient le seul Premier ministre à remporter deux mandats consécutifs à la majorité absolue depuis 1984. «Le nationalisme hindou s’installe», écrit une chroniqueuse. Les membres des minorités chrétiennes, musulmanes et athées sont sous tension.

Mise en scène de sa personne
Comment celui qui se présente comme le fils d’un vendeur de thé est-il parvenu à la fonction suprême de la démocratie aux 900 millions d’électeurs? Et surtout, comment a-t-il réussi à se faire réélire malgré le plus haut niveau de chômage en quarante-cinq ans, une croissance qui se tasse, une agriculture en crise et quinze villes indiennes figurant parmi les vingt villes les plus polluées du monde? Les élections de 2019 ont été un référendum pour ou contre Narendra Modi, observent les politologues indiens. «Le Premier ministre n’a fait campagne que sur sa personne», note Prathmesh Patil, journaliste politique et société installé à Pune, dans la Maharashtra.

Celui qui se présentait comme un réformateur en 2014 s’est davantage mis en scène en protecteur de la nation. Il a notamment répliqué le 26 février par des frappes aériennes «chirurgicales» contre un camp d’entraînement de l’organisation armée islamiste Jaish-e-Mohammed, à Balakot dans le nord-est du Pakistan, en représailles de l’attentat de Pulwama qui avait causé la mort de quarante-six soldats indiens au Cachemire. L’incursion indienne a réveillé de vives tensions avec le Pakistan, «mais Narendra Modi en a profité pour peaufiner son image de dirigeant courageux, prêt à prendre des risques pour défendre son pays», observe Prathmesh Patil.

Tirer profit de la division
«Les idées dites progressistes ou modernes comme la laïcité ont été considérées comme anti-hindoues et pro-minorités pendant la campagne électorale», déclare le journaliste. Se présentant en autodidacte, à l’opposé des dynasties familiales comme celle de la famille Nehru-Gandhi, Narendra Modi a profité de l’élitisme du parti du Congrès, qui s’est progressivement éloigné du peuple. Selon le journaliste, le dirigeant populiste a bénéficié de la division des autres partis et d’un discours anti-élites: «Proche des milieux d’affaires, il se présente paradoxalement comme anti-establishment.»

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