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Faut-il stopper l’aide humanitaire à l’Afrique pour mieux l’aider?

Faut-il stopper l’aide humanitaire à l’Afrique pour mieux l’aider?
 
14.09.10 - Tenants de l’investisse-ment économique et du secours humanitaire se disputent quant aux priorités. Que faut-il vraiment pour que le continent décolle?
«La croissance des investissements économiques a été ininterrompue en Afrique depuis la fin des années 90. Le commerce international avec l’Afrique affiche une croissance annuelle de 8%», indiquait le Nigérian Ntiense Ubonisraël dans son analyse du développement africain, parue dans Christianisme Aujourd’hui le mois dernier. La note d’espoir qui a traversé, tel un fil rouge, notre dossier sur les cinquante ans d’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique laisse-t-elle présager, dans un avenir proche, une Afrique affranchie de la perfusion humanitaire de l’Occident? Faut-il désormais tout miser sur le slogan Trade not aid («Commerce et non secours)» cher à Bill Clinton, l’ancien locataire de la Maison Blanche? S’agit-il de stopper l’aide comme l’exige Dambisa Moyo, économiste mozambicaine vivant aux Etats-Unis et auteur du best-seller Dead Aid («aide fatale»), à l’instar de certains pays qui ont renoncé à l’aide internationale? Ou faut-il encore suivre l’économiste Mamadou Koulibaly, également parlementaire ivoirien, qui postulait que l’Afrique avait le choix entre «l’adoption d’institutions capitalistes ou se résigner à devenir le musée de l’histoire humaine dont il faut subventionner non le développement mais la subsistance»? Même le président rwandais fraîchement réélu Paul Kagamé confessait cet été à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel son indignation: «Je me demande pourquoi l’Occident préfère l’aide humanitaire au commerce. L’échange équitable laisserait beaucoup plus de ressources aux personnes concernées que l’assistance.»

«L’Afrique se vend au plus offrant»
Les faits attestent du développement économique africain. La Chine, l’Inde et d’autres pays investissent massivement sur le continent noir.
L’exploitation des ressources et la location ou le rachat de terres agricoles s’intensifient. La Chine, qui a investi pour le seul premier semestre 2009 un demi-milliard de dollars, place ses pions pour augmenter sa capacité de production agricole, afin de nourrir sa propre population. Certes, l’intérêt des investisseurs n’échappe à personne. Le million de travailleurs exportés par les dirigeants chinois constituent en outre autant d’emplois qui échappent aux Africains. Pour Mikaël Amsing, directeur de l’ONG Morija, «c’est comme si certains pays africains se vendaient au plus offrant.»

A son crédit, la Chine commerce avec plus d’une cinquantaine de pays africains. Depuis 2005, elle accorde des exonérations de taxe aux frontières pour les pays africains les moins bien lotis. Tous les partenaires économiques des pays africains n’ont pas fait de même, comme les Européens: «Le comble de l’hypocrisie», s’insurge Patrick Guiborat, directeur de SEL France, «c’est que nos pays exportent des produits subventionnés vers l’Afrique, ce qui empêche les producteurs de poulets, par exemple, de rester compétitifs sur leur propre marché». Et de rappeler que les économies occidentales se sont construites sur des siècles et grâce notamment à un certain protectionnisme. Il se dit étonné que certains prônent encore le libéralisme économique tous azimuts.

A qui profite le développement?
Au-delà, Patrick Guiborat demande: «A qui profite la croissance économique? Pour que l’Afrique puisse s’affranchir de l’aide humanitaire, encore faut-il que les nouvelles richesses profitent à l’ensemble de la population!». Or à l’instar de l’aide publique, l’économie tend à creuser le fossé entre très riches et très pauvres: «Contrairement à l’Asie, où les plus pauvres ont accédé à la classe moyenne, l’Afrique ne connaît pas le même ajustement social, en tous cas pas dans les mêmes proportions.»
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