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Devons-nous réinventer l'Eglise?

Devons-nous réinventer l'Eglise?
 
21.12.15 - Le passage à l’an nouveau est propice au bilan personnel et aux bonnes résolutions. Mais qu’en est-il de l’Eglise locale? Quel est son état de santé? Quelle est sa mission? Faut-il la réinventer?
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Pourquoi certaines Eglises croissent tandis que d’autres stagnent? Existe-t-il une forme ou une méthode universelle qui garantisse l’essor des communautés locales? Ces questions peuvent nous traverser l’esprit, que l’on soit pasteur ou croyant fidèle au culte depuis longtemps. Surtout si, dans la région, une autre Eglise connaît un succès numérique supérieur à la nôtre. Alors, quelle est la mission de l’Eglise et existe-t-il des moyens plus prometteurs que d’autres pour la mener à bien? Onze questions peuvent nourrir notre réflexion.

1. Notre Eglise peut-elle rejoindre les attentes de nos contemporains?
Tout chrétien en est convaincu: il y a dans chaque être humain un vide en forme de Dieu. Mais au-delà de cette réalité spirituelle, que nous disent les spécialistes?
«La sécularisation est une tendance lourde. Le désintérêt ambiant pour le religieux n’est pas près de s’inverser», analyse le sociologue des religions Christophe Monnot. Et pourtant, nos contemporains, même des athées assumés, donnent l’impression que le religieux fait encore partie des «meubles» de la société. Ils vont par exemple critiquer les propos du prêtre ou du pasteur à l’issue d’une cérémonie funéraire, alors que leur posture idéologique devrait plutôt les pousser à ne rien en penser. Le sociologue explique cette ambivalence par l’indécision des individus du 21e siècle. D’un côté, ils ne veulent pas totalement rompre avec leur héritage religieux. De l’autre, ils lui reprochent de ne pas réagir comme ils le souhaiteraient. «S’ils fréquentaient l’Eglise régulièrement, ils connaîtraient la pensée des hommes d’Eglises et le message de la Bible, et ils ne s’en offusqueraient donc pas.»
Un contexte défavorable pour intéresser les gens à la foi? Au contraire! Raphaël Anzenberger, missiologue de France Evangélisation et stratège de l’implantation d’Eglises, juge qu’il est plus facile pour une Eglise de rejoindre la population dans une société postchrétienne (France, Belgique) que dans les pays encore bien marqués par la chrétienté (Antilles, Afrique centrale) ou dans ceux en phase de sortir de cette culture (Suisse, Québec), où les Eglises peinent à prendre la mesure du décalage culturel.

2. La préoccupation des âmes perdues constitue-t-elle une priorité pour l’Eglise?
L’Eglise a donc une carte à jouer. Mais est-ce sa mission première d’aller chercher «les perdus»? Pour Daniel Liechti, président de la commission d’implantation d’Eglises du CNEF, la question devrait être formulée autrement: «Qui est au service de qui? L’Eglise est-elle au service de ses membres ou avec ses membres au service du quartier et de la localité?». Il rappelle à qui veut bien l’entendre une citation du théologien allemand Dietrich Bonhoeffer: «L’Eglise n’est Eglise que si elle est là pour les autres». Pour Daniel Liechti, «incarner l’Evangile et annoncer le salut au monde est une mission essentielle de la communauté locale». Il en va de la santé de l’Eglise: «Il est impératif de s’intéresser à ce qui passe autour de soi.»
Philippe Bottemanne, pasteur à Aigle (Suisse) et coordinateur du GAME des Eglises FREE, un programme qui aide les Eglises à vivre leur vocation, est convaincu que les responsables devraient prendre conscience d’une chose: «L’Evangile ne se limite pas à un vécu d’Eglise. Il est une relation aux besoins des hommes, une ouverture de compassion. C’est une attitude de cœur que l’on développe quand on se laisse gagner par l’amour du Christ.»

3. L’évangélisation est-elle plus importante que l’édification?
Impossible de mettre tout le monde d’accord sur cette question. D’un côté, il y a ceux qui, comme Mark Dever et Paul Alexander, auteurs de Une Eglise intentionnelle (éd. Clé), jugent que la mission de l’Eglise locale consiste d’abord à glorifier Dieu et à édifier le croyant, en particulier par une prédication solide. Il s’agit d’appliquer «le principe régulateur», selon lequel «tout ce que nous faisons lors du culte doit être clairement justifié par les Ecritures». Or à leurs yeux, la Bible présente cinq piliers de la santé d’une Eglise locale: «Lire la Bible, prêcher la Bible, prier la Bible, chanter la Bible, voir la Bible (les sacrements)». Si l’Eglise est ainsi fortifiée à l’intérieur, elle sera naturellement un témoignage vers l’extérieur.
Philippe Bottemanne est d’avis qu’il faut certes chercher à rendre l’Eglise solide, mais aussi intentionnellement se tourner vers l’extérieur, «sinon on penchera naturellement toujours plus vers l’intérieur. On tombera dans une forme de repli, parce qu’il est plus sécurisant d’être entre nous. Or l’Eglise doit être missionnelle». Dans Décider de grandir (éd. Farel), Christophe Short précise que pour réaliser sa mission, une Eglise doit s’orienter dans quatre directions: «Nous vers les non-croyants, Dieu vers nous, nous vers Dieu, nous vers nous». Or comme il est impossible de vivre ces quatre dimensions le dimanche, il faut penser la vie d’Eglise aussi la semaine.
Marc Gallay, pasteur du Gospel Center à Lausanne, une Eglise urbaine avec une vocation d’évangélisation, juge que l’accueil des non-croyants et l’édification font partie de la mission de l’Eglise. «Je vois deux concepts: soit l’Eglise vitrine, accueillante pour les non-croyants, avec au cours de la semaine des groupes de maison pour approfondir la foi.
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14.01.16 10:15
Cécile Klinguer
Mon Eglise m’attriste profondément…
Nous avons élevé nos enfants dans la foi chrétienne, une foi joyeuse, une foi adulte…
Aujourd’hui, parents à leur tour, nos enfants “y croient encore“ mais ne “pratiquent“ plus - ou très occasionnellement - comme la grande majorité des jeunes d’aujourd’hui…
Par contre, ils viennent avec leurs petits bouts - quitte à faire des kilomètres - aux célébrations joyeuses et inventives préparées spécialement pour l’éveil à la foi. Là, on chante, on sourit, on rit, on bouge, on s’émerveille, on parle, on partage, on prie…
A Noël, ils ont tenu à emmener leurs enfants à une veillée de Noël dite “pour les familles“… Ils sont partis avant la fin, dégoutés par la lourdeur, les rites incompréhensibles, la longueur des textes, le vocabulaire inadapté…
Quelques semaines après, une de nos filles découvre sur sa paroisse l’annonce d’une “messe des catés“ et décide d’y aller avec son petit garçon. L’après-midi de ce dimanche, je lui demande comment elle a trouvé cette messe, sa réponse a été nette : « Nulle ! » …
Cela me désole… Notre cher Pape François parle de rejoindre la périphérie… et ces jeunes, en attente, en recherche d’une vie spirituelle, se heurtent à une Eglise figée dans le rituel, les habitudes, l’impossibilité (l’interdiction ?) de changer un iota à des rites/textes incompréhensibles…
Et voilà qu’on nous annonce que le nouveau Missel romain veut ajouter à des textes déjà bien compliqués des mots comme “consubstantiel“ dans le “Je crois“… ou encore dans l’offertoire avec : « Priez mes frères afin que ce sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréé par Dieu le Père tout-puissant. Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la gloire de son nom. Pour notre bien et celui de toute Sa Sainte Église. »
Et j’en passe…
Pourquoi donc les évêques français sont-ils si peu “en phase“ avec les appels constants du Pape à rejoindre le monde ?
Autrefois, nous allions à la messe avec un missel, mais bientôt ce sera avec un dictionnaire qu’il faudra s’y rendre !... Et Dieu lui-même devra-t-il peut être s’y résoudre aussi !....
“Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.“ Matthieu 23.13
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La réponse culturelle

Dans un ouvrage magistral qui vient de paraître en français sous le titre Une Eglise centrée sur l’Evangile (éd. Excelsis), le pasteur new-yorkais Timothy Keller rappelle entre autres choses les cinq attitudes possibles de l’Eglise face à la culture contemporaine développées par Richard Niebhur.
1. Christ contre la culture: le repli de l’Eglise sur elle-même et sur la communauté des Eglises.
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