L'article

Décès d’Alfred Kuen: Le protestantisme évangélique perd une grande figure

Décès d’Alfred Kuen: Le protestantisme évangélique perd une grande figure
 
19.03.18 - Exclusivité internet Auteur d’une soixantaine de livres évangéliques, Alfred Kuen a tiré sa révérence le 6 avril 2018, dans sa 97e année. Avec lui, une figure marquante du protestantisme évangélique francophone disparait: il était l'auteur évangélique francophone le plus prolifique, un grand pédagogue et l'auteur de la version Parole Vivante de la Bible.
Retrouvez ici la dernière interview publiée par le Christianisme Aujourd'hui avait publiée à l'occasion de ses 90 ans.
Vous fêtez 90 ans. Qu’est-ce qui vous enthousiasme chaque matin?
La vie est belle. Je suis heureux de continuer à vivre et de pouvoir travailler.

Vous avez grandi en Alsace, dans une famille simple, avec un père peintre. Qu’est-ce que vous devez à vos parents?
L’amour du travail. Je n’ai jamais vu mes parents inactifs. Mon père avait cette devise: d’abord le travail, ensuite le jeu. Autre héritage, l’hospitalité.
Notre maison était toujours ouverte. Les gens de la campagne venaient chez nous lorsqu’ils venaient à la ville. Cela m’a d’ailleurs permis de passer des vacances à la campagne.
Ensuite, la vie simple. Nous avons appris à économiser. J’ai également appris la joie simple. J’ai passé des heures à bricoler avec mes mécanos. Enfin, le courage. Mon père est rentré à pied de la Bulgarie, à l’issue de la première guerre mondiale.

En lisant «Mon parcours de vie» (éd. Emmaüs), on a l’impression que vous avez aussi hérité leur foi chrétienne...
Il n’y a pas d’héritage, mais une influence positive. Ma mère était chrétienne et elle priait pour moi. J’allais à l’Eglise luthérienne le dimanche, au catéchisme et à l’Union chrétienne des jeunes gens, où l’on nous racontait des histoires de la Bible. Cela a posé les fondements de ma foi, qui n’ont plus vacillé ensuite. C’est au cours d’un camp que j’ai vécu ma première expérience de prière en commun.

Durant la guerre, vous et certains de vos amis étudiants de l’Ecole normale, dans un élan d’évangélisation, avez décidé de créer un groupe. Vous aviez même le projet de réformer l’Eglise d’Alsace et Lorraine. Qu’est devenu ce groupe?
Jour après jour, il a pris de l’ampleur. Mais, pendant la guerre, par deux fois des soldats ont encerclé l’école à la recherche de réfugiés alsaciens. Cela nous a décidés à fuir vers la Suisse. Nous avons été gardés, ceux qui ne nous ont pas suivis aussi. Dieu a répondu à notre inquiétude.
Ensuite, le groupe que vous avez constitué a passé par un premier épisode de tension autour de la question du Saint-Esprit...
Une femme de pasteur de la région du Havre a proposé à des membres de notre groupe de leur imposer les mains pour qu’ils reçoivent le parler en langues. Parallèlement, alors que j’étais dans les Hautes-Alpes avec un ami, nous avons reçu un livre parlant du baptême du Saint-Esprit. Cela nous a donc poussés à étudier ce sujet lors de notre rencontre annuelle. J’en ai conclu que ces phénomènes pouvaient venir soit de Dieu, soit de mauvais esprits, soit du fait d’esprits survoltés.

Commander ce numéro S'abonner

Alliance Presse est un groupe de presse indépendant, spécialisé dans la presse chrétienne.

Pour accomplir sa mission d'information de façon professionnelle, Alliance Presse dépend de la générosité de celles et ceux qui apprécient ses magazines et ses sites internet.

Je manifeste mon soutien à Alliance Presse en ajoutant un don de
    
 
Une faute d'orthographe, une erreur ou un abus dans les réactions: signalez-le à la rédaction.


Pas de réactions pour l'instant: soyez le premier à réagir sur cette page.

Saisir votre réaction

Se connecter/S'inscrire pour réagir
 
Crédits
Illustration/Photo: © Alliance Presse
 
En savoir plus

L'étude de la Bible est devenue le parent pauvre de l'Egise

Alfred Kuen s’interroge sur les défis auxquels est confrontée l’Eglise, surtout sur celui de l’étude de la Bible.

Quel regard portez-vous sur le mouvement évangélique?
Il ne cesse de grandir sur le plan mondial, avec 600 millions d’évangéliques. Mais ce n’est pas le cas en Europe. Dans nos pays, une forme d’ostracisme continue à frapper ce groupe minoritaire. Les chrétiens évangéliques, considérés encore parfois comme des sectes, ont développé un complexe. Longtemps, ils étaient repliés sur eux-mêmes par un individualisme. Heureusement, le Congrès de 1974 a mis en évidence la responsabilité sociale et politique du chrétien. Au moins deux dangers guettent le mouvement évangélique: d’un côté, celui de s’adapter aux normes du monde, là où la Bible nous invite à ne pas imiter les païens. De l’autre, celui de l’antithéologisme, cette peur d’une étude approfondie de la Bible.

Le fait est qu’une partie des chrétiens se méfie de la théologie, en raison des nombreux désaccords des spécialistes...
On le comprend bien lorsqu’on voit l’enseignement prodigué dans plusieurs facultés officielles, qui nient des fondements de la foi. Cela a déteint sur certaines théologies évangéliques.

La lecture de la Bible est-elle donc un des défis de l’Eglise pour les années à venir?
C’est certain. Pour une fraction de l’Eglise, on lisait la Bible avant ou après chaque repas. Cela s’est perdu, et l’étude biblique est devenue un parent pauvre des activités de l’Eglise locale. A côté de cela, la télévision...

Si vous devez expliquer en deux mots l’intérêt de lire la Bible...
Elle reste le fondement, la révélation de Dieu. Sans elle, nous sommes livrés à des pensées humaines, à une théologie de l’expérience qui va dans un sens ou un autre.

Quels sont les autres défis pour les chrétiens?
Dans nos pays, le christianisme est très minoritaire, comme au temps de l’Eglise primitive. Nous devons donc rester humbles et témoigner de façon personnelle, afin que les gens soient gagnés sans parole, par notre façon de vivre. Et nous devons être prêts à répondre à quiconque demande la raison de l’espérance qui est en nous (1 Pi. 3, 15). Dans les pays du Sud, où le christianisme occupe une place plus grande, le défi est de s’occuper des questions sociales et politiques, en essayant d’imprimer les principes du Sermon sur la montagne.
 

x