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De fils de lépreux à fils de Dieu

De fils de lépreux à fils de Dieu
 
18.11.19 - L’expérience de la lèpre jalonne la vie d’Arun Kumar. Sa foi en Dieu, acquise dans un foyer pour enfants, lui a permis de sortir de cette identité pour aujourd’hui venir lui-même en aide aux malades. Récit de vie.
A cinquante ans, Arun Kumar a tout pour être heureux avec une épouse aimante, deux filles studieuses et attentionnées, mais surtout il a rencontré Dieu qui l’aime comme un père.
La vie de ce responsable d’une ONG en Inde n’avait pourtant pas démarré de la meilleure des manières. Né à Cuttack en Odisha, dans l’Est du pays, à la fin des années 1960, Arun Kumar n’a jamais connu son père biologique. Sa mère, hindoue d’un milieu très défavorisé, l’a emmené avec elle au Pendjab, dans le Nord, où elle mendiait dans la rue. Elle a un jour rencontré un homme qui mendiait lui aussi car il était atteint de la lèpre et lourdement handicapé. «Ils se sont mariés sur la base de leurs besoins. Cet homme est devenu mon père» raconte le travailleur humanitaire.

Chez les missionnaires
«Comme mon père était lépreux, j’ai pu être admis dans un foyer pour enfants à l’âge de trois ans et demi. Nous n’étions pas autorisés à rencontrer nos parents pour ne pas être contaminés.» Ce qui était une souffrance est devenu une bénédiction.
Plus jeune enfant de l’établissement (son père avait changé sa date de naissance pour qu’il puisse entrer avant les cinq ans requis) Arun Kumar se fait remarquer par son entrain, sa joie de vivre et ses facéties. Plus foncé de teint que la plupart de ses camarades, il compense cette différence en faisant le clown. Cela ne l’empêche pas d’être sérieux quand il s’agit d’écouter les histoires de la Bible et de chanter des cantiques, l’établissement ayant été fondé et tenu par des missionnaires presbytériens américains. «De toute mon existence, la meilleure chose qui me soit arrivée est d’avoir accueilli Dieu à l’âge de neuf ans. Je savais désormais que j’avais un père plus grand que toutes mes difficultés» témoigne-t-il aujourd’hui.

Presque esclave
Il a onze ans quand il a apprend le décès de sa mère. Son père, dépendant à cause de son infirmité, décide de rapatrier le jeune Arun chez lui. A douze ans, ce dernier quitte avec regret la maison d’enfants et abandonne ses études pour subvenir aux besoins de son père. «J’ai vite compris que nous n’avions pas de quoi acheter des denrées alimentaires de base» se souvient-il. Il devient serveur sur un étal de thé au marché de Gandhi Nagar, à l’est de Delhi. Il apprend le métier par les gifles et les vexations d’un patron qui l’exploite. Avec moins de 200 roupies par mois, il vit une situation proche de l’esclavage. Pourtant le préadolescent ne perd pas la foi et croit toujours que Dieu a un plan parfait pour lui.
Après quelques mois, un des responsables de la maison d’enfants vient lui rendre visite et lui demande s’il accepte de revenir. «D’une certaine manière cela m’a sauvé la vie. Aujourd’hui je me présente dans la société comme une personne appartenant à Dieu, témoin de son miracle et de son amour dans ma vie et pour l’humanité».
Arun Kumar a connu le dénuement et même la maladie; la lèpre qu’il a contractée, soignée à temps, ne lui a pas laissé de séquelles. Il se dit encouragé par les versets suivants d’Esaïe, lesquels semblent faire écho à sa situation personnelle: «Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit? Cesse-t-elle d’aimer l’enfant qu’elle a conçu? Et même si les mères oubliaient leurs enfants, je ne t’oublierai pas!» C’est dans la maison d’enfants qu’Arun Kumar rencontre Saras, qui quelques années plus tard deviendra sa femme.

Avocat des lépreux
Par la suite, Arun Kumar a pu faire des études supérieures et accéder à des responsabilités dans différentes ONG venant en aide aux plus démunis, en particulier aux lépreux et aux anciens lépreux. Le fait qu’il ait connu lui-même personnellement la maladie apporte du crédit à ses idées. Cette reconnaissance se traduit par les conférences et les colloques auxquels il est invité en Inde, mais aussi parfois en Europe.
En plus de son travail, l’homme dirige bénévolement une association et vient notamment en aide aux anciens voisins de son père aujourd’hui décédé. «Je veux partager la Bonne Nouvelle aux gens, leur parler du royaume de Dieu. Je veux aider et prier pour les personnes en détresse et qui rencontrent des problèmes.» De fils de lépreux méprisé à fils de Dieu estimé, Arun Kumar est fier son identité.

David Métreau

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