L'article

Comment articuler la foi chrétienne et l’identité culturelle?

 
16.02.10 - Marqué par une longue expérience de mission en Afrique et par le choc du retour, le missionnaire retraité Charles-Daniel Maire s’est demandé en quoi le message de l’Évangile intervenait dans la recherche identitaire. Interview en marge de la publication de «Identité subie ou identité choisie?» (Ed. Olivétan), ses mémoires thématiques, regorgeant d’exemples vécus
«Identité subie ou identité choisie?»: Pourquoi un tel thème de recherche, Charles-Daniel Maire?
Pour plusieurs raisons. Ma femme et moi avons vécu longtemps en Afrique et avons été confrontés directement à des questions de culture. Il s’agissait alors de savoir ce qui dans ces cultures devait être conservé, sauvegardé même, et ce qui pouvait être en contradiction avec les exigences de la foi chrétienne. Deuxième raison: j’ai compris, et c’est l’Afrique qui me l’a appris, qu’il y avait dans la Bible des contextes culturels qui comptaient beaucoup. Les commentateurs font quelquefois l’impasse sur ces questions culturelles.

Qu’est-ce qu’une identité?
En étudiant la notion de culture je me suis rendu compte que c’était l’une des ses fonctions que de nous permettre de nous identifier. Des tas de livres sont parus sur l’identité, des approches psychologiques, des histoires personnelles, mais peu prenaient réellement en compte la question culturelle. J’ai pris conscience, en découvrant L’invention de soi du sociologue Jean-Claude Kaufmann, que nous étions confrontés à rien de moins qu’à une révolution identitaire mondiale. Elle est entrée en marche, sans bruit, subrepticement. Comment cette révolution nous a-t-elle transformés? Nous manquons de recul pour en faire une évaluation tout à fait objective, mais nous avons suffisamment d’éléments pour comprendre pourquoi les façons de s’identifier autrefois ne sont plus suffisantes aujourd’hui.

Cette crise d’identité est-elle liée à d’autres crises, notamment à la crise de la famille?
Bien sûr! Autrefois on appelait les gens par leur nom°: «Maire tu vas faire ci, tu vas faire ça...» Aujourd’hui, on s’appelle par son prénom. La famille n’est plus nécessairement l’élément par lequel on s’identifie. On n’a pas encore évalué toutes les retombées de cette révolution.

Même chose au niveau de l’identité nationale...
On a constaté qu’effectivement on ne souhaite pas se rattacher à une identité nationale qui aurait des relents de nationalisme parce que ce ne serait pas bien vu à juste titre d’ailleurs. On ne s’identifie plus à la nation, mais par le sport, la musique, la nourriture, les lieux et pratiques de loisirs, bref, par toute sorte de choses que certains jugent parfois aberrantes comme de s’incruster des tiges d’acier dans le visage ou à des endroits pour le moins inhabituels – les piercings. Chacun ressent le besoin de s’inventer une identité, de s’identifier par tout ce qui lui tombe sous la main.

Cette identité bricolée, faite d’éléments disparates tient-elle la route?
On ne peut pas rompre sans incidence avec ce qui nous identifiait autrefois. Ceux qui changent de nom de famille le savent bien. Une identité se construit à partir d’un certain nombre d’éléments qu’on a reçus au long de sa vie, par les parents et grands-parents. C’est un donné culturel, éducatif avec lequel on ne peut pas rompre impunément.
(...)
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