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Citer la Bible en politique, tentant mais périlleux

Citer la Bible en politique, tentant mais périlleux
 
20.08.18 - Certains politiciens brandissent des textes bibliques pour appuyer leurs discours. Cette utilisation parfois abusive ne sert pourtant pas toujours l’image de l’homme d’Etat, ni celle des chrétiens. Il s’agit de choisir des citations avec sagesse. Analyse.
Citer la Bible en politique, expression d’une conviction ou instrumentalisation du religieux?
En juin, Jeff Sessions (photo), ministre américain de la Justice, justifiait l’obéissance aux lois de l’Etat, notamment celle qui sépare les familles immigrées, en citant la Bible: «Je pourrais vous renvoyer à l’apôtre Paul et à son commandement clair et sage qu’il faut obéir aux lois du gouvernement.» En Europe, la cohérence entre les valeurs chrétiennes et la politique de Viktor Orban, premier ministre hongrois, interroge: «N’est-ce pas un devoir de chrétiens que d’aider des gens?», demandait l’eurodéputée libérale Sophie in’t Veld quand la Hongrie a voté la pénalisation des ONG soutenant les migrants.
Peut-on se référer à la Bible en politique? Où commence l’instrumentalisation?

La Bible pour définir le bien commun
Pour le politologue suisse Jean-Pierre Graber, les allusions au religieux par les politiciens sont acceptables si elles servent la vérité ou contribuent à mieux définir le bien commun et les moyens de le réaliser. Ancien conseiller national (député), il a d’ailleurs souvent cité la Bible dans ses discours ou textes aux médias: «Il est souhaitable de la citer lorsque le verset évoqué norme très clairement une situation: ainsi, l’interdiction absolue de la peine de mort, de l’inceste, de la pédophilie, etc. découle des versets enjoignant d’aimer son prochain comme soi-même», illustre-t-il.
Pour Wissam al-Saliby, représentant de l’Alliance évangélique mondiale à l’ONU, se référer à la Bible en politique requiert une compréhension du cœur de Dieu pour le monde. «Egalement une approche herméneutique saine prenant comme principes d’engagement public les versets qui appellent à être des faiseurs de paix, à chercher l’intérêt public et à combattre la pauvreté.»

Contexte et finalité
Wissam al-Saliby relaie qu’aux Etats-Unis, les Eglises ont réagi immmédiatement à l’utilisation erronée de la Bible pour justifier l’inverse du traitement qu’elle prescrit pour les migrants. Selon ce dernier, l’instrumentalisation commence quand un politicien utilise la Bible pour une fin contraire au message biblique global, avec une approche opposée aux Ecritures.
Pour Jean-Pierre Graber aussi, la référence au religieux est répréhensible si elle sert d’instrument de domination ou de justification de positions politiques discutables ou condamnables.
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Des contextes différents

La tendance ou non à se référer à la Bible dépend aussi du contexte. Thierry Le Gall explique qu’en France, la loi de 1905 sépare clairement les Eglises et l’Etat. Il estime que même chez les électeurs chrétiens, il serait mal perçu qu’un élu fasse systématiquement référence à sa foi pour justifier une politique. Un élu pourrait citer la Bible, mais avec finesse, en utilisant des expressions populaires comme «il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu».
En 1998, pourtant, Christine Boutin n’avait pas hésité à sortir une Bible à l’Assemblée nationale en déclarant «Lisez-la plutôt, elle vous changera», lorsque la Garde des Sceaux, pour gagner du temps lors du vote sur le Pacs, avait relu deux fois le même discours.
 

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