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Afrique: le terrorisme change la donne

Afrique: le terrorisme change la donne
 
22.02.16 - Les attaques terroristes se multiplient en Afrique. Même si l’optimisme n’est pas de rigueur, rien n’est perdu. Et les Eglises ont un rôle à jouer.
«Les faits parlent d’eux-mêmes: le terrorisme gagne du terrain sur le continent africain. La menace est réelle et n’épargne aucun pays». Est-il trop pessimiste, le journaliste nigérien Illia Djadi, engagé à World Watch Monitor? Il faut admettre que les événements récents sont inquiétants. Le 15 janvier, le Burkina Faso, un pays plutôt paisible, a été frappé par un attentat. Bilan: une trentaine de morts, dont un missionnaire. Au Mali, il y a eu non seulement l’enlèvement de la missionnaire Béatrice Stockly, mais aussi l’assassinat de trois personnes dans une radio chrétienne, et d’autres attentats sanglants. Si l’on ajoute les sauvageries de Boko Haram au Nigeria et au Cameroun, le détournement d’un avion en Egypte, les attaques du Bardo à Tunis ou les atrocités d’Al-Shabaab au Kenya et en Somalie, on en déduit que l’Afrique traverse des temps troublés.

Des Etats instables
Doit-on être surpris? Même les événements de Ouagadougou ne sont pas tombés de nulle part.
La démission du président Campaoré à l’automne 2014 a créé une instabilité, explique Rémy Moret, missionnaire au Burkina Faso depuis des années avec l’organisation Asaren. Le régiment de sécurité présidentielle (RSP) - sorte de milice d’élite - qui avait joui de privilèges pendant trente ans, s’est radicalisé et a provoqué le coup d’Etat de septembre 2015. Vaincu, le RSP a été dissous. «Or ce RSP faisait du trafic d’armes et de drogue avec les islamistes». Pour faire court: «Les islamistes étaient déjà là sous la forme de cellules dormantes, mais ils se contentaient de leur sort tant qu’ils pouvaient réaliser leur trafic.»
De prime abord, un tel terrorisme, mû aussi par des motivations économiques, semble bien éloigné d’un djihadisme idéologique de type Daech. D’ailleurs, les enlèvements d’Occidentaux au Mali ou au Burkina ne relèvent-ils pas aussi d’une volonté d’obtenir des rançons? La
réalité est complexe, relève Illia Djadi: «Tous ces groupes prétendent agir au nom de l’islam et militent en faveur d’un califat islamique. Mais en plus de cette interprétation rigoriste de l’islam, il y a des motivations économiques: évoluant dans des régions prospères qui échappent au contrôle de l’Etat, ils se livrent à des trafics pour s’autofinancer». L’Afrique est même devenue une zone de transit entre l’Amérique latine et l’Europe.
Le manque de stabilité et le peu d’efficacité des Etats de la région, alliés aux grandes ressources financières de ces groupes, leur permettent de s’étendre sans être réellement inquiétés et, pire peut-être, de recruter facilement des combattants. «Ces mouvements terroristes prospèrent sur le terreau de la pauvreté, de l’ignorance et de l’analphabétisme», soupire le pasteur burkinabé Josias Sanogo, directeur de l’ONG Credo. Le 15 janvier, il était avec son fils à cinq minutes du lieu de l’attentat à Ouagadougou. «La plupart des candidats aux attentats-suicides sont issus des milieux défavorisés et désespérés, et les prêcheurs de l’islam radical trouvent en eux un auditoire attentif». Un phénomène qui n’est pas l’apanage du Burkina: «La population africaine est jeune et désœuvrée, et ces groupes offrent des perspectives, des moyens économiques, la promesse du paradis et de femmes. Ils comblent le vide.»

Réseau terroriste global?
Mais pourquoi tuer des Occidentaux dans des hôtels de Bamako ou de Ouagadougou? Pourquoi assassiner 152 personnes dans une université de Garissa au Kenya?
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Missionnaires: doivent-ils rester?

Les enlèvements et attentats ont eu et auront «de lourdes conséquences sur le travail des missionnaires et travailleurs humanitaires», du moins au nord du Mali, déplore le pasteur Bouya, qui a déjà observé le retrait de plusieurs d’entre eux. Les ambassades risquent de pousser dans ce sens, ajoute Josias Sanogo. Pour l’heure, Rémy Moret et son épouse ont décidé de rester: «Ce serait dommage d’abandonner les projets et les amis.
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